LA VOIE "ROYAL"

Désirs d'avenir 06 - Nice et Alpes-Maritimes

12 juin 2006

Viens à Clichy, Ségo !

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Nouvel Obs du 8.6.6

Semaine du jeudi 8 juin 2006 - n°2170 - France


Moins parler des jeunes des cités, mais débattre avec eux : c'est la proposition détonante d'un avocat, ami de la candidate 

par Jean-Pierre Mignard*

Je ne regrette pas que Ségolène soit allée trop loin. Je lui reproche de ne pas être allée assez loin. Mais au moins a-t-elle eu le courage de lancer le débat, sans les circonlocutions d'usage, les grandes promesses et les trous de mémoire.

D'abord, la mise sous tutelle des allocations familiales des familles déficientes. C'est bien mieux que la suppression punitive suggérée par certains. Une école des parents ? A la simple condition que ça ne soit pas une séance d'humiliation. Les fameuses familles démissionnaires sont d'abord des familles privées de la langue, de l'argent, de la culture, avec un terrible renvoi d'image pour leurs enfants. Pourquoi pas un référent par famille, une main pour une main, afin de délivrer des parents submergés par le casse-tête des papiers à remplir, des carnets scolaires à déchiffrer, des démarches à entreprendre ?

Ségolène dit prôner, pour les éléments les plus rétifs, un encadrement militaire. Le tollé est né ici. S'il s'agit de chantiers humanitaires, de travaux utiles, avec des ONG, des militaires, des sapeurs-pompiers ou de la protection civile, encore une fois, oui. Mais avec un encadrement compétent et un juge au sommet. Reste que le mot « militaire », placé en exergue, est de trop. Je m'explique. Il renvoie, qu'on le veuille ou non, et quelle que soit l'honorabilité des intéressés, à une situation d'exception, à un état d'urgence rampant. Or inutile de pousser des cris d'orfraie : tout cela se met peu à peu en place. Hélas ! Les unités de CRS quadrillent les cités, les bus de police les sillonnent, filment à tout va. On arrête à tort et à travers, si j'en crois le taux révélateur de relaxe des juridictions correctionnelles de Bobigny. J'oubliais l'hélicoptère et son projecteur dans la nuit de Clichy et de Montfermeil ! Ce n'est pas Belfast, mais patience : on y vient, stratégie de la tension de Nicolas Sarkozy à l'appui. Lors de son dernier conseil des ministres avec un gouvernement de gauche, le 24 mars 1993, Mitterrand avait prophétisé : «Vous verrez, ils feront tirer sur les jeunes des cités.» Ségolène, alors en larmes, s'en souvient. Fasse qu'il se soit trompé. L'exception, c'est aussi l'injustice. Le droit à la différence, c'est ici la différence des droits.

Il y a là aussi, Ségolène, de la souffrance, beaucoup trop de souffrance dans cette sous-France. Ne rien concéder à la délinquance n'est possible que si l'on fracasse la pauvreté. Six millions de personnes dans les cités, soit 10% de la population francaise. Etre socialiste, c'est régler cela ou alors mieux vaut aller se coucher. Une toute dernière chose : les jeunes des cités sont nos compatriotes, nos jeunes concitoyens, inscrits par centaines de milliers sur les listes électorales. Cessons de parler d'eux mais parlons avec eux. Rien ne se fera contre eux et rien ne se fera sans eux. L'autorité est là, Ségolène. Parfait ! Maintenant il faut de l'audace, beaucoup plus d'audace, et enfin du coeur, beaucoup de coeur. Je te fais donc une proposition : viens débattre et réfléchir, dans les semaines qui viennent, avec les jeunes et leurs associations. A Clichy et à Montfermeil, par exemple. Et alors, tu verras : la parole éteint la violence.

(*) Avocat, docteur en droit pénal, maître de conférences à l'IEP de Paris. Coauteur avec Emmanuel Tordjman de « l'Affaire Clichy », Stock.

Posté par segoleneausud à 08:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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