LA VOIE "ROYAL"

Désirs d'avenir 06 - Nice et Alpes-Maritimes

29 août 2006

Libéré par son mea culpa, Lionel Jospin donne des armes aux adversaires de Mme Royal

josp

LE MONDE | 28.08.06 | 13h39    Mis à jour le 28.08.06 | 13h39

Un bout de papier étalé sur les genoux, Lionel Jospin... prend des notes. A cette singularité près, l'ancien premier ministre s'est assis au premier rang, comme tous les autres présidentiables du PS, pour écouter, dimanche 27 août, François Hollande prononcer le discours de clôture de l'université d'été du PS à La Rochelle.

Pour la première fois depuis quatre ans, Lionel Jospin y a trouvé sa place. Non comme le "simple militant" qu'il était devenu après l'échec de la présidentielle de 2002 et qui se contentait d'apparitions fugitives, mais comme un possible candidat assis, symboliquement, à côté des autres. La veille, devant le Mouvement des jeunes socialistes (MJS), il n'a rien dévoilé de ses intentions réelles pour 2007. Mais il a ouvert une porte.

Invité à intervenir sur le thème du rapport de la gauche au pouvoir, il est revenu sur son expérience et a défendu, à nouveau, son bilan en le comparant à celui de la droite. "Faut-il rappeler que le gouvernement de M. Juppé a été carbonisé en deux ans, que ceux de M. Raffarin et de M. de Villepin ont été, pour l'un défait en dix-huit mois, pour l'autre affaissé en dix ?" Mais, a-t-il ajouté, "il y a une chose que j'envie à la droite : c'est sa capacité à défendre, bec et ongles, ce qu'elle a fait".

Lionel Jospin n'a émis, sur le fond, qu'un regret majeur, celui de ne pas avoir mené à terme la réforme des retraites "parce qu'elle était prête". "C'est la direction du PS, a-t-il précisé, qui m'a freiné." Ce sera le seul faux pas dans le jeu des questions-réponses auquel il se prête. Car lorsque M. Jospin évoque, pour 2007, le "projet socialiste", son jeune public l'ovationne.

LES LARMES AUX YEUX

Et peu à peu, l'émotion gagne la salle, dans laquelle se sont glissés tous les dirigeants jospiniens, ainsi que des représentants de chaque écurie présidentielle. "Pourquoi es-tu parti ? Et aujourd'hui es-tu revenu ?", l'interpelle une jeune fille. Fustigeant cette "rhétorique guerrière de celui qui aurait abandonné ses troupes" pour les législatives de 2002, il s'enflamme : "Vous connaissez beaucoup d'armées qui repartent au combat avec un général vaincu ? J'ai pensé que si je prenais sur moi symboliquement, physiquement et tristement, le choc de cette défaite, alors vos chances en étaient augmentées pour la bataille." Il s'interrompt, les larmes aux yeux. Puis vient le moment où il reconnaît qu'il n'a pas "mené la meilleure campagne".

A la sortie, ses amis le congratulent. "Il a rendu un immense service, il voulait nous libérer pour la campagne suivante, exulte le maire de Paris, Bertrand Delanoë. Il y a là tout ce que j'aime en politique, l'inverse de tout ce que l'on essaie de nous imposer en terme de marketing politique."

Mais Lionel Jospin n'a pas été que dans le repentir. Il a aussi envoyé des messages. "Le PS, a-t-il lancé, reste une très grande formation politique. Je souhaite qu'il prenne ses décisions lui-même, pas en étant sourd aux messages de l'opinion, mais en se déterminant lui-même."

A la démocratie participative de Ségolène Royal, dont il ne prononce pas le nom, il oppose la "démocratie représentative". "Nos élus véritablement engagés dans l'exercice d'une démocratie directe ou de la participation citoyenne - je pense à Bertrand Delanoë à Paris et à bien d'autres - savent la difficulté et les limites de cet engagement."

Lionel Jospin joute : "Le tuyau ne donne pas le contenu, la technique ne remplace pas la politiique. Il faut donc pour les responsables avoir des idées, des convictions. Il faut se prononcer sur les grands problèmes du pays, et donc du monde."

Quelques jours auparavant, à Santander, en Espagne, il avait commencé à poser la question de la légitimité de la candidate. A La Rochelle, devant les militants, il l'a amplifié.

Les chances de Lionel Jospin n'en sont peut-être pas augmentées pour autant. Mais en ouvrant ce débat, il a donné les premières armes - et meilleur moral - aux opposants à Mme Royal.

Isabelle Mandraud

Article paru dans l'édition du 29.08.06

LA ROCHELLE ENVOYÉE SPÉCIALE 

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