LA VOIE "ROYAL"

Désirs d'avenir 06 - Nice et Alpes-Maritimes

27 septembre 2006

Royal, deuxième du Paris-Dakar

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QUOTIDIEN : Mercredi 27 septembre 2006 - 06:00 Dakar (Sénégal) envoyé spécial

Après Sarkozy, la députée se rend au Sénégal, pour parler développement et immigration.

par David REVAULT D'ALLONNES

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La prétendante socialiste, mardi à Dakar. REUTERS

La capitale sénégalaise serait-elle devenue l'épicentre de la campagne présidentielle française ? Quarante-huit heures après la visite éclair de Nicolas Sarkozy et la signature d'un accord sur l'immigration avec le gouvernement local, Ségolène Royal a atterri à Dakar, lundi soir. D'emblée, elle a prévenu : «Je ne veux pas parler de Sarkozy ici.» Mais a, dans la foulée, éreinté un accord qui «ne va pas très loin en terme d'aide au développement». Rien à voir, selon elle, entre la descente du président de l'UMP et sa propre démarche, «un voyage prévu depuis longtemps» dans son pays natal : «Je viens me ressourcer au contact des Sénégalais et voir de mes yeux la réalité du codéveloppement», a-t-elle déclaré.  Née à Dakar il y a 53 ans, Ségolène Royal n'y a vécu que deux ans, son père, militaire, étant affecté sur une base de la banlieue de la capitale, à Ouakam, où elle a prévu de se rendre aujourd'hui. Elle n'a pas manqué d'insister sur ces origines : «Peut-être qu'inconsciemment il y a un retour aux sources...»

Et, dans l'esprit des Dakarois, la candidate à la candidature conserve une longueur d'avance sur le ministre de l'Intérieur. «La politique de Sarkozy vis-à-vis de l'immigration est insolente, résume Babacar, chef d'entreprise de 31 ans. Le sujet devrait être abordé avec plus de courtoisie et de respect. Ségolène, elle, donne aux autres l'impression d'exister...» Telle était sans doute le dessein de l'élue PS, qui a attaqué, hier matin, par une visite dans les ruelles boueuses du quartier de Khadim Rassoul, un bidonville en tôle, peuplé de ruraux exilés.

2 CV. Ségolène Royal arpente les ateliers d'artisans, s'enquiert du prix d'une réplique miniature d'une 2 CV en boîte de conserve ­ «3 500 francs CFA» (1) ­ et s'assoit face à des femmes de la Médina. Awa, présidente des Lavandières et femmes pileuses [de mil] de la rue 11, en vient à l'essentiel : «J'achète le kilo de mil à 200 francs CFA, je pile toute la journée, je vends à 250, et quand j'ai fait mes dépenses et envoyé de l'argent au village, je n'ai plus rien.»

Un jeune lui succède, qui veut une médiathèque «pour permettre aux jeunes du quartier d'accéder aux technologies de la communication» . «On va vous aider», promet la présidente de Poitou-Charentes. «Ça va payer, veut croire Ibrahima, mécanicien. J'ai de la famille en France, qui vote. Et ils pourraient être influencés par la venue de Ségolène.» Et de conclure : «Sarkozy n'a pas rendu visite à la réalité de la nation sénégalaise, découvert la pauvreté...»

La politique est, aussi, affaire de façons. C'est pourquoi le dépôt d'un bouquet sur la tombe de Léopold Sédar Senghor, au cimetière de Bel-Air où s'était également arrêté Sarkozy, était «important sur le plan symbolique», commentait Daniel Senghor, petit-neveu du premier président sénégalais. Arrêt suivant tout aussi emblématique à la statue de Demba et Durand, un tirailleur sénégalais et un gaulois moustachu, en hommage aux combattants africains. L'occasion, pour Royal, de fustiger l' «hypocrisie de la France qui attend que le problème se règle de lui-même». Et de saluer la revalorisation des pensions des anciens combattants de l'empire colonial, annoncée par le gouvernement (lire également page 13) : «Chirac a raison...» Elle a ensuite rendu une «visite de courtoisie» au président Wade, qui avait dîné samedi soir avec Sarkozy.

Saint-Bernard. Alors qui a remporté ce Paris-Dakar ? «Vu du Sénégal, gauche ou droite, ce n'est pas très important, commentait un proche d'Abdoulaye Wade. Ce qui importe, c'est : qu'est-ce qu'on propose pour l'Afrique au-delà de l'immigration ?» De ce point de vue, Royal a marqué des points. Même si nombre de questions restent en suspens, comme le soulignait Madjiguène Cissé, qui dans un formidable lapsus, évoquait... «madame Sarkozy» . L'ex-porte-parole des sans-papiers de Saint-Bernard soulignait : «Il faut qu'on lui dise quand même que régulariser les gens là-bas, c'est assainir la situation." L'intéressée, elle a jugé que les régularisations massives ne constituaient «pas une solution».

(1) 1 euro égale 655,50 francs CFA.

Posté par segoleneausud à 13:03 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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