LA VOIE "ROYAL"

Désirs d'avenir 06 - Nice et Alpes-Maritimes

21 février 2007

«Elle a apporté sa touche, sa manière d'être»

Par Isabelle ROBERTS - Libération du mercredi 21 février 2007

Présidentielle Denis Muzet, directeur de l'institut Médiascopie qui a suivi et analysé lundi les réactions des téléspectateurs :

Denis Muzet dirige l'institut Médiascopie. Le principe : un échantillon de personnes munies d'un boîtier expriment leur satisfaction ou leur mécontentement tout le long d'une émission. Leurs réactions sont ensuite analysées. Lundi soir, Muzet a réalisé une Médiascopie de J'ai une question à vous poser avec Ségolène Royal sur TF1. Son client ? Chut, c'est un secret. Le PS ? C'est un secret on vous dit ! En revanche, Denis Muzet (1) a bien voulu révéler et commenter les résultats pour Libération.

segomarche2Quels sont les enseignements de la Médiascopie de l'émission ?
Elle montre que Ségolène Royal a entraîné une forte adhésion non seulement auprès de la gauche classique, mais aussi auprès de la gauche antilibérale. Sur certains points comme l'éducation, le social ou la santé, elle mord aussi sur la droite républicaine.

Sur quoi se base cette adhésion ?
Elle est structurée par trois éléments. D'abord les propositions de mesure d'action concrète : les emplois tremplin ou l'augmentation du Smic à 1 500 euros... Ensuite, par un discours qui se base sur des valeurs : dialogue, respect, éducation, responsabilité parentale... Des valeurs qui sont non seulement de gauche, mais plus largement humanistes, ou même empruntées au corpus des valeurs de la droite comme la responsabilité. Or un discours de valeurs, c'est rare : la plupart des candidats n'ont que des critères de performances économiques.

Et le troisième point ?
Il y a chez la candidate socialiste une capacité à établir un discours avec les gens qui se base sur l'écoute et le dialogue. Elle a une façon de se tourner vers les autres, une recherche du contact qui fait qu'elle établit une connivence, une proximité. En fait, lundi soir, elle a cassé le moule mécanique et stakhanoviste des cent Français, de cette télé-réalité customisée par la Sofres. Parce que, bien sûr, cent personnes, ce n'est pas représentatif de la société française. Elle a apporté sa touche, sa manière d'être. Nicolas Sarkozy, dans J'ai une question à vous poser, c'était «Réponse à tout», Ségolène Royal est moins dans la recherche systématique de la réponse que de l'écoute.

Un peu démago ?
La Médiascopie montre que Ségolène Royal n'entraîne pas seulement sur des idées, un programme, mais sur sa capacité à s'adresser à un public, elle renseigne sur le fait que la politique, c'est de la relation. Or l'élection va se jouer sur la capacité de tel ou tel candidat à interagir avec les gens. Ce n'est pas une élection qui oppose Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal, mais les candidats aux Français. Ils veulent prendre leur destin en main, ils veulent décider. Après plusieurs élections où ils n'ont pas eu l'impression d'être entendus ­ les régionales en 2004, le référendum sur la Constitution européenne en 2005 ­, là c'est le scrutin suprême. Le thème structurant de cette élection ce n'est pas l'insécurité comme en 2002, mais la démocratie telle qu'on peut la coproduire. Et l'élection va se jouer sur la participation, la relation aux Français.

S'avancer vers l'homme en fauteuil roulant, n'était-ce pas un peu trop ?
C'est un moment d'émotion fort. Les réactions ont été soit très positives, soit très négatives. Ça montre la capacité de Royal à faire mouvement. C'est comme quand à Villepinte, elle quitte son immobilisme de Joconde pour serrer son poing contre son ventre.

Alors quoi : c'est gagné pour Royal grâce à TF1 ?
C'est une percée, mais ça ne veut pas dire qu'elle va faire une remontée dans les sondages. C'est une émission qui permet de mieux éclairer qui elle est et quel est son registre. Les débats participatifs elle en a fait beaucoup, mais ce qui ne passe pas à la télé n'existe pas. Et cette émission, c'est la rencontre entre un modèle politique de démocratie participative et TF1 en tant que média. Mais attention, il y a une profusion de débats, de prises de parole à la télé. Ça peut aussi, par submersion, faire le lit du rejet du politique, et donc du Front national.

Posté par segoleneausud à 10:39 - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

    ségolene fait vibrer les francais

    ségolene c'est une vague , que dis-je une déferlante , je suis fier d'être socialiste

    Posté par antoine, 21 février 2007 à 13:08
  • Ce qui ne passe pas à la télé...

    ... n'existe pas. Eh oui, sauf pour une frange limitée de personnes qui font la démarche volontariste de suivre les débats. Villepinte, TF1, Rennes.. restent presque confidentiels.

    Certes, il faut se veiller à ce que les discours de Ségolène Royal ne soient pas pillés par l'UMP (qui ne veut recule devant aucune prommesse électorale, "la preuve" comme dit S.Royal dans ce qui suit:
    http://www.challenges.fr/business/art_95690.html
    Extrait:
    ...... APRES la proposition de Ségolène Royal de revaloriser l’indemnité des chômeurs licenciés à 90% de leur salaire net pendant un an, l’UMP s’aligne.)

    Pour éviter donc d'augmenter la confusion entretenue par l'UMP et Sarko, patience. Elle a montré que tout doit venir en temps utile, et seulement à ce moment là...
    Chapeau Ségolène Royal!!!

    Posté par Jocelyne, 21 février 2007 à 16:09
  • Ce que j'aime...

    ... chez Ségolène, excusez ma naïveté, c'est aussi sa "fraicheur". Mais pas que cela. On sent une sincérité profonde chez Ségolène. De la volonté et de l'assurance qui commencent à s'affirmer.
    Aussi, ce qui pourraient "choquer" certains socialistes "radicaux" (social = social + social), ne pas oublier l'économie de la France, de donner en fait les bases pour pouvoir permettre la mise en oeuvre d'un social concret.

    Posté par Cendra, 25 février 2007 à 16:02

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