LA VOIE "ROYAL"

Désirs d'avenir 06 - Nice et Alpes-Maritimes

19 avril 2006

Libération 19 avril

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Présidentielle

Au sein de la fabrique Ségolène Royal

La députée PS des Deux-Sèvres esquisse prudemment son programme qui emprunte à la gauche mais aussi au centre droit.

par Didier HASSOUX

Ni droite, ni gauche, Royal. De plus en plus candidate à la candidature, la députée socialiste des Deux-Sèvres dispose d'ores et déjà d'un programme électoral. Elle le délivre au compte-gouttes, sans doute par peur de déclencher l'ire de ses concurrents socialistes. Adepte de la «cyberpolitique» (elle écrit un ouvrage programmatique avec ses internautes), la présidente de Poitou-Charentes est surtout une redoutable praticienne du «copier-coller». Comme nombre d'hommes politiques. Cette astuce du B.A.BA informatique qui permet, en deux manoeuvres, de piquer tout ou partie d'un texte pour se l'approprier. Pierre Méhaignerie devrait ainsi légitimement lui réclamer des droits d'auteur. En effet, contrairement à ce que ses proches laissent croire, ce n'est pas Ségolène Royal qui a inventé ce qui est devenu son étendard : ses «désirs d'avenir» (1). C'est bien l'actuel président (UMP) de la commission des Finances, proche de Nicolas Sarkozy, qui en est l'auteur. Le député d'Ille-et-Vilaine a utilisé la formule en 1998.

«Ordre juste». Royal n'a pas non plus été chercher bien loin la notion d'«ordre juste», dont elle use lors de chaque prestation médiatique. En fait, l'expression ­ qui dans sa bouche est la synthèse entre la droite (l'ordre) et la gauche (la justice) ­ a été employée pour la première fois par un autre socialiste. En l'espèce, le député de Paris, lieutenant de Dominique Strauss-Kahn, Jean-Christophe Cambadélis, qui l'avait utilisée dans un des éditoriaux de sa lettre Socialisme et Démocratie. C'était en décembre 2004. Ce n'est pas le seul emprunt de Ségolène Royal aux amis de DSK. Après tout, ils sont socialistes et revendiquent l'appartenance à la même famille social-démocrate. L'ancienne ministre a ainsi piqué à Strauss-Kahn la notion d'«égalité réelle», qu'il oppose à celle très sarkozyste de «discrimination positive». Dans le Nouvel Observateur du 13 avril, la compagne de François Hollande assure «préférer l'égalité réelle à la discrimination positive». Sans être hostile aux quotas. DSK avait théorisé ce concept dans la lettre de la fondation Jean-Jaurès de mars 2004.

Mais il n'y a pas que la gauche ou le centre qui inspire Ségolène Royal. La droite aussi. Ainsi, la députée des Deux-Sèvres trouve également des idées dans les travaux de l'institut Montaigne, que conduit Philippe Manière. Le 21 novembre, elle a ainsi échangé avec le libéral et «déclinologue» Nicolas Baverez. Avant qu'éclate la crise autour du CPE, elle professait : «Il faut donner davantage de libertés. En effet, il faut mettre fin à un certain nombre d'archaïsmes en matière de réglementations.» Et de citer en exemple Tony Blair. Selon elle, le Premier ministre britannique, «grâce à une politique courageuse», a permis de «réduire le chômage chez les jeunes et les plus de 50 ans parce qu'il a dit aussi aux entreprises : "Faites confiance aux jeunes, payez-les correctement, reconnaissez la valeur de leur diplôme, donnez-leur des responsabilités." Et qu'en même temps il a massivement investi dans les services publics, dans l'éducation et dans la recherche».

Six semaines plus tard, dans un entretien au Financial Times, elle confirmera cette recherche de troisième voie, de social-libéralisme : «Nous ne devons être bloqués sur aucun sujet, affirme-t-elle au quotidien le 2 février. Comme les 35 heures par exemple.»

String à l'école. Cette chasse au dogme, Ségolène Royal la pratique depuis quelque temps déjà. En 1997, ministre déléguée à l'Enseignement scolaire, elle refusait d'agir en vertu d'un clivage traditionnel droite-gauche, préférant réagir en mère de famille, élevée dans la tradition catholique. Même si elle s'en est échappée. Ainsi, prenant prétexte d'une publicité pour des sous-vêtements, elle dénonce le port ostentatoire du string à l'école. Ce qui ne l'empêche pas, quelque temps plus tard, d'autoriser les infirmières scolaires à délivrer la pilule du lendemain dans les collèges et les lycées.

«Un père, une mère». Malheureusement pour elle, cet entre-deux ne la préserve pas de verser dans les contradictions. Ainsi le 23 février, elle «dialogue» avec des lecteurs du Parisien. Elle assure s'être «toujours refusée à instrumentaliser les questions de société pour faire "dans le coup". [...] La famille, c'est un père et une mère». C'est-à-dire un couple hétérosexuel.

Dix jours plus tard, elle est en campagne électorale à Rome aux côtés de Romano Prodi. La candidate lance alors aux gauches italiennes : «La droite parle de la famille. Tandis que la gauche parle des familles dans leur diversité, recomposées, homoparentales, homosexuelles.» De quoi y perdre son latin.

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(1) desirsdavenir 

Posté par lamouche 06 à 10:21 - Commentaires [7] - Permalien [#]

Commentaires

    adroite et agile

    Ségolène est sur la bonne voie.
    C'est bien cela qu'il fallait faire, déborder sur le centre droit.
    Dernière étape : avoir le courage de lâcher l'extrême gauche.

    Posté par claudiogène, 19 avril 2006 à 10:43
  • La bonne direction .

    Ségolène fait du " Ségolène " , et c ' est très bien ainsi . Les autres sont opportunistes !
    Pour qui les Françaises et les Français vont - ils voter ? Pour celle qui les représente car ils se voient en elle ou ... pour tous les autres ?
    En 2007 , la campagne se fera en dépassant le clivage " Gauche / Droite . C ' est ainsi que Ségolène pourra aller jusqu ' à la victoire .

    Posté par chris., 19 avril 2006 à 13:07
  • Souvenir

    Et Ségolène n'aura qu'a commencer sa campagne des Présidentielles en disant que son "programme n'est pas socialiste".
    Préparons les pancartes et les slogans pour faire barrage à Le Pen contre Sarko entre les 2 tours de l'année prochaine!!!
    C'est incroyable de ne pas retenir les leçons de l'histoire. 21 avril, Elections régionales, 29 mai, les Français ne veulent pas du centre. Combien de fois faudra-t-il le dire?

    Posté par Henri Vrogne, 19 avril 2006 à 17:57
  • Qui voulaient-ils ?

    J'imagine que si les français qui votent sont adultes c'est Chirac et Le Pen qu'ils voulaient voir en président.
    Ce n'était pas le centre en effet... ce n'était pas non plus Jospin et c'était dommage... ce n'était pas Laguiller, Besancenot, Gluckstein ou Hue.

    PS : quel(le) gauchiste a été élu(e) pendant les régionales que tu cites.

    A+
    FX

    Posté par FX, 20 avril 2006 à 10:25
  • en réponse à l'article de libé

    Comme l’a suggéré Arnaud Montebourg, SR brise les lignes d’un système verrouillé, d’un « Jurassic park »… dont il apparaît que l’empreinte reste encore très, très prégnante ! Par exemple, en lui reprochant :
    - Un refus de complaisance (et avant les élections, en plus ! pensez donc !!!) entre autres, sur un sujet sensible : la « sécurité », flambeau trop longtemps brandi par la droite, et à laquelle la gauche a cru devoir renoncer comme si c’était la marque de la droite, et l’apanage des électeurs de droite de réclamer des mesures mieux adaptées à certaines situations !!! NB : les victimes des « tournantes » - entre autres - dans les quartiers défavorisés en veulent peut-être aussi, de la sécurité ?

    - Comment peut-on lui reprocher de reconnaître la pertinence de ce qui a pu être dit dans d’autres pays, ou d’autres « chapelles », ou même dans un autre courant du même parti!...

    Elle a le courage d’étudier ce qui se fait, d’en saisir les éléments pertinents… OUF ! Cette honnêteté intellectuelle n’est pas encore généralisée, la tradition étant jusqu’ici :

    - d’annoncer des choses qui doivent à tout prix avoir un air de nouveauté, dans un habit – une formule - cousu par soi (autant que ça paraisse nouveau … Mais alors, je n’ai plus le droit de dire que j’ai un furieux « désir d’avenir » parce que quelqu’un a sorti la formule avant moi ???!!!)

    énoncé par quelqu’un qui a « de la bouteille », un vrai « pro » de la politique et qui en tant que tel ne peut être contesté…



    Nous sommes très nombreux à vouloir du neuf, qui doit probablement se construire – aussi, mais pas seulement - à partir de ce qui a été positif jusqu’ici, chez nous ou ailleurs, en faisant tomber des barrières désuètes, périmées, hors de propos, stérilisantes.



    NB : Il y a plus de 20 ans, Joël de Rosnay (« le macroscope ») parlait de l’avènement d’un village planétaire…On ne va quand même pas s’enfermer dans un blockhaus au fond du jardin, pendant que la mondialisation qui ne peut que s’étendre, le fait en utilisant des procédés qui font des ravages chez nous et ailleurs!!!

    Posté par jocelyne, 20 avril 2006 à 10:41
  • En réponse à l'article de Mr Hassoux

    j'approuve complétement la réponse de Jocelyne ,j'espére que l'enjeu de la présidentielle dépassera le port du string à l'école ou de celui de la définition de la liaison deux personnes d'un même sexe.
    la détresse des jeunes demandeurs d'emploi à rapprocher des profits scandaleux des entreprises du CAC 40 me paraissent beaucoup plus préoccupants...

    Posté par lavergne, 21 avril 2006 à 15:20
  • simpliste

    Si j'étais aussi simpliste que vous, cher lavergne, j'écrirais :
    la détresse des demandeurs d'emploi, jeunes et moins jeunes, à rapprocher des emplois protégés, scandaleux pour les plus incompétents d'entre eux, me paraissent beaucoup plus préoccupants...

    Mais, les choses sont plus compliquées..., n'est-ce-pas ?

    Posté par claudiogène, 21 avril 2006 à 15:46

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